Categories
Témoignages d'auto-entrepreneurs

Ayoub Abarji “C’est simple, aujourd’hui, je suis fier de mon travail !”

Publié le 09/07/2024
Ayoub Abarji “C’est simple, aujourd’hui, je suis fier de mon travail !”

Comment passer du fond de la classe au bureau du professeur ? Ayoub Abarji, ancien ingénieur, au quotidien rythmé par le stress et les objectifs, a passé le cap de la reconversion professionnelle pour revenir à sa passion première, le développement informatique. Devenu à son tour formateur aux outils numériques, il transmet son savoir-faire à des populations en difficultés pour leur offrir une nouvelle chance. Pour Espace Auto-Entrepreneur, Ayoub revient sur son parcours plus qu’inspirant.

Tu es développeur et formateur en outils numériques, mais tu ne l’as pas toujours été. Peux-tu nous parler de ta reconversion professionnelle ?

Effectivement, j’ai eu “une autre vie” avant d’exercer mon métier actuel. Après des études de Langues Étrangères Appliquées et en école de commerce, je suis devenu ingénieur. J'ai travaillé quelques années dans un bureau d’étude de structures métalliques puis je suis devenu le plus jeune responsable de plateforme d’export chez ArcelorMittal. J’évoluais dans un monde particulier avec de gros objectifs à atteindre. Un secteur humainement assez loin de mes valeurs au final. Au bout de 5 ans et après un accident domestique, je n’en pouvais plus, je me suis mis en arrêt maladie. Je pense aujourd’hui que j’ai fait un burn out. Suite à cet arrêt prolongé, j’ai décidé de prendre une année sabbatique.
À côté, j’étais attiré par le codage informatique : j’adore le côté logique, casse-tête, la résolution de problème. C’était à la base un loisir, puis j’ai découvert que ça pouvait être un métier. Poussé par mes réflexions et l’envie de changement, j’ai entamé une reconversion professionnelle. J’ai commencé par une formation de développeur logiciel avec l’AFPA (un organisme de formation professionnelle) et je suis devenu développeur salarié, en 2013-2014. Dans la foulée, je me suis lancé dans des cours du soir avec le CNAM (Conservatoire National des Arts et Métiers) pour devenir architecte de solutions informatiques. J'avais un rythme de dingue entre le travail et les cours, mais j’ai réussi à obtenir mon diplôme. Mes deux diplômes en poche, j’ai continué à travailler pour différentes entreprises, plus ou moins importantes, toujours en tant que salarié. Jusqu’à la dernière qui a coulé avec le Covid.

Comment en es-tu arrivé à l’auto-entrepreneuriat ?

Suite à mon licenciement économique, je me suis retrouvé au chômage. Je me suis demandé ce que j’allais faire et Pôle Emploi m’a proposé une formation. Au début, je ne voulais pas y aller puis, le fait qu’elle soit certifiée Apple m’a attiré. Il faut dire que je suis un fan inconditionnel, voire maladif de la marque ! Ça durait un mois, je n’avais rien à perdre et j’allais apprendre un langage informatique particulier, lié à Apple, donc j’ai finalement foncé. Quand je suis arrivé, j’ai eu une belle surprise : mon formateur était un de mes anciens stagiaires de l’époque où j’étais en entreprise. À la fin de la formation qui s’est très bien passée, on m’a proposé de devenir formateur à mon tour. Ils n’engageaient que des prestataires indépendants. J’ai d’abord commencé en portage salarial puis j’ai ouvert mon statut d’auto-entrepreneur. C'était en 2020.

Pourquoi avoir choisi l’auto-entrepreneuriat plutôt que de rester en portage ?

Au début, je ne m’y connaissais pas tellement en entrepreneuriat, et cette alternative du portage me semblait peut-être plus sécurisante pour commencer. Comme je venais du salariat, le fait d’avoir une sorte de “salaire” fixe en contrepartie du versement d’un pourcentage de mes revenus me rassurait. Quand j’ai vu que ça marchait pour moi et que je pouvais développer et étendre mon activité à d’autres clients, le statut d’auto-entrepreneur m’a paru plus adapté et puis je ne versais rien tant que je ne gagnais pas d’argent, contrairement au portage salarial qui engage un peu plus de frais. 

Aujourd’hui, ce statut me permet non seulement de travailler comme formateur Apple aux outils numériques pour SIMPLON (un organisme de formation aux métiers techniques du numérique), qui est mon client principal, mais aussi d’enseigner dans des écoles privées, toujours sur les sujets numériques. 

Qu’est-ce qu’ont changé ta reconversion professionnelle et ton nouveau statut dans ta vision du travail ?   

C’est simple, aujourd’hui, je suis fier de mon travail. Pour SIMPLON, je fais de la formation dite inclusive, sur les métiers de la tech. Ces formations sont entièrement financées par l’extérieur (l'État, le privé…) et ouvertes à tous, sous le seul critère de la motivation. Je travaille donc avec des personnes plutôt issues des minorités invisibilisées, des sans-papiers, des gens en rupture, des femmes voilées, des personnes transgenres… En bref, des gens à qui on n’a pas toujours donné leur chance et qui veulent trouver leur voie. C’est ce qui me plait le plus, car je me sens utile. Quand je recroise un de mes anciens élèves qui a créé une entreprise à Dubaï, ça me rend fier et c’est gratifiant. Je ne fais pas ça pour rien, je le fais comme j’aurais aimé qu’on m’aide quand j’ai commencé : je n’avais pas forcément toujours les moyens de payer facilement mes formations et le matériel informatique dont j’avais besoin.

Puis, pour moi, qui étais un élève assez moyen, plutôt le bout en train au fond de la classe, poussé par mes parents dans des études qui ne me plaisaient pas forcément, c’était un véritable challenge de me retrouver dans l’enseignement et d’aimer ça. 

Comment vis-tu ton nouveau quotidien d’auto-entrepreneur ?

Par rapport à avant, j’ai beaucoup plus de temps et de liberté, ça, c'est super. Je sais que c’est au détriment de la stabilité financière, mais comme ça marche bien pour moi et que j’ai des clients réguliers, pour l’instant ça n’est pas un problème. J’ai des coupures d’une ou deux semaines, parfois entre plusieurs interventions ou missions, car il m’arrive de faire encore du développement pur, sans le côté formation, en parallèle. Ce temps-là, je le prends pour moi, pour ma famille. Un salarié ne pourrait pas passer autant de temps avec ses enfants, ou seulement sur des courtes périodes de congés. J’ai aussi la chance de ne travailler qu’environ 7 mois cumulés dans l’année, car mon activité me le permet. Je gagne mieux ma vie qu’avant tout en ayant plus de temps, la balance est plutôt positive pour moi.

En tant qu’auto-entrepreneur, je suis à la fois seul et entouré, car dans la formation, on est constamment en interface avec ses élèves. C’est ce que j’aime et en même temps, j’adore être chez moi, faire du développement seul devant tous mes écrans, une fois les enfants couchés. Je ne vois pas le temps passer et j’apprécie cette tranquillité aussi.

Est-ce que tu rencontres des difficultés liées à ce statut ?

Ce serait plutôt l’administratif, bien que ce soit plus rébarbatif qu’une vraie difficulté. En tant que formateur, j’ai un peu plus de compte à rendre qu’un auto-entrepreneur dans d’autres domaines. Par exemple, pour pouvoir exercer comme formateur, il faut un numéro d’agrément MDA que l’on obtient en s’enregistrant auprès de la DREETS (la Direction Régionale de l’Économie, de l’Emploi, du Travail et des Solidarités). Je dois rendre un bilan chaque année pour mettre à jour ce numéro d’agrément qui certifie la valeur des formations que je dispense. Il faut fournir certains documents et un compte-rendu du contenu des formations. Si on ne respecte pas la règle, on peut s’exposer à des amendes, voire à des peines d’emprisonnement : c’est très sérieux. Le premier contrôle a été compliqué, ceci dit, on prend le pli après plusieurs années. Il faut donc prendre soin de toute cette partie administrative quand on se lance dans la formation en auto-entrepreneuriat, qu’on n’aime ou qu’on n’aime pas la paperasse. Je trouve le côté administratif rébarbatif, mais je reste très carré dans ma manière d’aborder cette partie du statut. Pour le reste, je passe par Shine, un compte professionnel en ligne, qui propose aussi des conseils en comptabilité et au niveau juridique, ce qui m’aide beaucoup. C’est bien plus simple que de chercher des infos sur le site de l’Urssaf qui, en tant que développeur, me fait saigner des yeux tous les trois mois quand je fais ma déclaration.

Professionnellement, la difficulté pour tout auto-entrepreneur est certainement de trouver ses clients. Même avec un bon savoir-faire, ça ne tombe pas du ciel, il y a toute cette partie à prendre en compte. D’où le luxe d’avoir des clients réguliers.

Tu as l’air à l’aise avec l’entrepreneuriat, est-ce que c’était quelque chose auquel tu pensais avant de vraiment te lancer ?

Pas forcément sous cette forme-là. Mais oui, dans le fond, je me voyais patron d’une entreprise, je fantasmais un peu. Le fait est que je ne voulais pas de patron ! Ça vient de mon père. Je faisais beaucoup de bêtises quand j’étais petit, je n’étais pas forcément le meilleur des élèves, plutôt le bout en train du fond de la classe et mon père était très dur. Il était boucher et, pour me punir, il m’emmenait dans sa boucherie pour me faire bosser. Il m’a fait tout faire : la caisse, les découpes, le nettoyage et mon père était très exigeant, voire dictateur. Comme c’était le patron ET mon père : je ne pouvais rien dire. Je me demandais comment les autres le supportaient. Comme j’avais un tempérament plus nerveux à l’époque, je me disais que si un jour, je tombais sur un patron comme ça, j’allais forcément finir par me battre avec. Ça a forcément forgé mon tempérament d’aujourd’hui et ma façon de travailler.

J’ai mis un peu de temps… mais maintenant, c'est moi le patron !

En tout cas, je remarque que c’est un statut qui attire et suscite la curiosité et beaucoup de questions. Tous les ans, je participe au forum des métiers organisé par le collège de ma fille : à chaque fois les parents, les enfants et même les professeurs, aussi attirés par mon métier plutôt “jeune”, viennent me voir. Ma fille aussi commence à comprendre mon métier et est curieuse par rapport à ma façon de l’exercer, elle me pose beaucoup de questions.

Comment imagines-tu l’avenir ?

J’aimerais prendre ma retraite vite. J’aime travailler, mais je voudrais qu’un jour ça ne soit plus une nécessité. Une fois cette problématique réglée, ce sera uniquement pour le plaisir, sans contraintes.

Bien que je ne sois pas non plus dégoûté par le salariat, ça passera par soit grossir, soit investir. Même si, pour le moment, je suis bien en auto-entreprise, ça correspond à mon rythme de travail et à mes revenus. Je réfléchis à investir dans des entreprises, mais je ne sais pas encore lesquelles, ni dans quel domaine. C’est comme ça que je me vois plus tard : créateur ou investisseur, c’est sûr. Je pense sérieusement au Maroc, mon pays d’origine, où il y a tout à faire et où c’est le moment, notamment avec la Coupe du monde qui va arriver en 2030.

Je suis binational, je parle arabe et anglais couramment, c’est une chance : on ne se rend pas compte du potentiel de ces pays et de tout ce qu’on peut y faire. C’est la France des années 60… mais avec internet : tout peut aller très vite et la nouvelle génération ne demande que ça. Ça fuse pas mal dans ma tête, peut-être même un peu trop !

As-tu des conseils à donner à quelqu’un qui voudrait se lancer dans l’auto-entrepreneuriat ?

Pour certains métiers, on peut directement se lancer dans l’auto-entrepreneuriat, mais pour des métiers comme le mien, je pense que c’est du bon sens de commencer en entreprise. On apprend forcément de ses collègues, c’est une continuité de la formation initiale alors qu'en auto-entreprise, on est seul. Il vaut mieux bien connaître son milieu, son savoir-faire et savoir s’adapter. À chaque nouveau client, c’est comme si on ressortait son CV. Et on sait que les entreprises préfèrent les personnes qui ont de l’expérience sur leur CV.

Il faut aussi savoir s’estimer, puisqu’on se vend. Le salariat est une bonne école pour l’auto-entrepreneuriat.

Je conseillerai aussi de ne pas sous-estimer la partie administrative, en tout cas dans le domaine de la formation. Même si c’est simplifié aujourd’hui, c’est important d’être carré dans sa gestion, on n'est jamais à l’abri d’un contrôle.

star star star star star
Logiciel comptable un peu dur à prendre en main si on est pas initié

le 10/04/2024

star star star star star
tres bon accompagnement je recommande a tous

le 08/05/2024

star star star star star
Super service, une équipe disponible et à l'écoute ! Merci beaucoup pour votre aide et votre disponibilité !

le 13/12/2023

star star star star star
Rien à dire, à l'écoute, réactif, à des prix raisonnables et des prestations de qualité

le 17/04/2024

star star star star star
Délai court Prix abordable A l'écoute Professionnel

le 13/12/2023

chevron_right Espace Auto-Entrepreneur

/

Blog

/

Ayoub Abarji “C’est simple, aujourd’hui, je suis fier de mon travail !”