Aurore Dupré, Responsable éditoriale chez Espace Auto-Entrepreneur, signe une tribune dans le Journal du Net consacrée au prélèvement des cotisations par les plateformes numériques : une réforme qui simplifie réellement la vie des auto-entrepreneurs, mais qui déplace aussi une partie de leur vigilance.
Depuis le 1er octobre 2026, sept plateformes volontaires appliquent par anticipation ce qu'on appelle le précompte : Uber Eats, Wecasa, Les Sherpas, Student Pop, Extracadabra, Truckrs et Mon Spécialiste Auto. Concrètement, elles calculent les cotisations de leurs auto-entrepreneurs à partir du taux transmis par l'Urssaf, les prélèvent, puis les déclarent et les reversent chaque mois. Le 1er janvier 2027, ce fonctionnement deviendra la règle pour toutes les plateformes de mise en relation opérant en France.
Si la plateforme déclare à votre place, qui surveille désormais le chiffre d'affaires réalisé ailleurs ?
La tribune commence par saluer ce que la réforme apporte. Plus de risque d'oublier une déclaration sur le chiffre d'affaires réalisé via une plateforme participante, un revenu qui arrive déjà net de cotisations, et des droits sociaux mieux sécurisés (indemnités journalières, retraite, prime d'activité). Les taux, eux, ne changent pas : ce sont toujours ceux de droit commun.
Mais chaque plateforme ne gère que les sommes qu'elle verse elle-même. Le chiffre d'affaires réalisé avec des clients en direct, ou via une plateforme qui ne participe pas encore au dispositif, reste à déclarer soi-même. La part prélevée par la plateforme devient en outre mensuelle, même pour ceux qui avaient choisi une déclaration trimestrielle. Un même indépendant peut donc jongler avec plusieurs logiques à la fois.
Le second point de vigilance est plus discret. Les plafonds du régime micro (83 600 euros pour les services, 203 100 euros pour la vente en 2026) et les seuils de franchise de TVA (37 500 et 85 000 euros) s'apprécient sur le chiffre d'affaires brut total. Aucune plateforme ne connaît ce que vous encaissez ailleurs, aucune ne peut donc vous alerter à l'approche d'un seuil.
Comme le résume Aurore Dupré :
« La question n'est pas de savoir si le précompte est une bonne réforme. Il l'est. La question est de savoir si l'on aidera ceux qui l'expérimentent à garder la main sur une activité qui, elle, ne se résume presque jamais à une seule plateforme. »
Le calendrier se déroule en deux temps. Depuis le 1er octobre 2026, seules les sept plateformes volontaires appliquent le précompte, et chacune informe ses utilisateurs de sa date effective de démarrage. Au 1er janvier 2027, toutes les plateformes de mise en relation seront concernées. D'ici là, le chiffre d'affaires réalisé sur une plateforme non participante se déclare comme avant.
Voici le partage des rôles une fois le précompte en place.
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Démarche |
Prise en charge par la plateforme ? |
Ce qui vous revient |
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Déclarer le chiffre d'affaires réalisé via la plateforme |
Oui, chaque mois |
Vérifier les montants transmis dans votre espace Urssaf |
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Payer les cotisations sur ce chiffre d'affaires |
Oui, prélevées avant versement |
Rien, le prélèvement vaut paiement |
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Versement libératoire de l'impôt, si vous l'avez choisi |
Oui |
Rien sur cette part |
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Déclarer le chiffre d'affaires hors plateforme (clients directs, plateforme non participante) |
Non |
Le déclarer selon votre périodicité habituelle |
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Surveiller les plafonds micro et les seuils de franchise de TVA |
Non |
Suivre votre chiffre d'affaires brut, toutes sources confondues |
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Déclaration de revenus, CFE, TVA le cas échéant |
Non |
Les gérer comme aujourd'hui |
Prenons une esthéticienne à domicile, auto-entrepreneuse en prestations de services. Une partie de ses clientes arrive via Wecasa, les autres la contactent en direct, et elle teste une seconde application pour remplir ses creux de planning.
Dès cet automne, son chiffre d'affaires Wecasa est déclaré et prélevé chaque mois par la plateforme, même si elle avait opté pour une déclaration trimestrielle. Ses clientes directes restent à déclarer par elle, à son rythme habituel. La seconde application, si elle ne participe pas encore au dispositif, reste aussi à sa charge jusqu'en janvier 2027.
Sur son compte bancaire, elle voit arriver des montants nets d'un côté et des montants bruts de l'autre. Si elle additionne simplement ce qu'elle encaisse, elle sous-estime son chiffre d'affaires réel. Or c'est ce chiffre brut qui compte pour le seuil de franchise de TVA, fixé à 37 500 euros pour les services : le franchir sans le voir venir, c'est devoir facturer la TVA en cours d'année.
Repérez la date de démarrage. Chaque plateforme participante doit vous informer de la date à laquelle elle commence à prélever vos cotisations. Notez-la pour savoir à partir de quel mois ne plus déclarer ce chiffre d'affaires vous-même.
Vérifiez chaque mois les montants transmis. Les déclarations envoyées par les plateformes sont consultables dans votre espace sur autoentrepreneur.urssaf.fr. Un écart se corrige plus facilement tout de suite qu'en fin d'année.
Continuez à déclarer tout le reste. Clients directs, plateformes non participantes, activités annexes : ce chiffre d'affaires suit toujours la déclaration classique, à votre périodicité habituelle.
Suivez votre chiffre d'affaires brut global. Un simple tableau mensuel qui additionne toutes vos sources suffit. C'est le seul moyen d'anticiper les plafonds du régime micro et, surtout, les seuils de franchise de TVA, beaucoup plus bas.
Raisonnez en brut pour vos tarifs. Un virement net de cotisations donne une image flatteuse mais incomplète. Pour fixer vos prix ou comparer vos plateformes, repartez toujours du montant facturé au client.
C'est une conviction que nous défendons au quotidien : une réforme bien pensée ne suffit pas si ceux qui la vivent seuls n'en ont pas la traduction concrète au bon moment. Le précompte en est un bon exemple. Il retire une démarche visible, mais laisse à l'auto-entrepreneur la responsabilité de piloter l'ensemble de son activité. C'est sur ce pilotage que nous continuerons d' accompagner nos utilisateurs dans les mois qui viennent, jusqu'à la généralisation de janvier 2027 et au-delà.
Cette tribune prolonge un fil que nous suivons depuis plusieurs mois, de la pérennité des micro-entreprises à la facturation électronique : ce qui compte n'est jamais seulement la règle, c'est la façon dont on aide chacun à se l'approprier.
Le précompte est un fonctionnement dans lequel la plateforme calcule les cotisations à partir du taux transmis par l’Urssaf, puis les prélève avant de verser le revenu. Elle se charge ensuite de les déclarer et de les reverser chaque mois. Dans l’article, ce dispositif est présenté comme une simplification réelle pour les auto-entrepreneurs, car le revenu arrive déjà net de cotisations. En revanche, cette simplification ne concerne que les sommes versées par la plateforme elle-même.
Depuis le 1er octobre 2026, sept plateformes volontaires appliquent ce précompte par anticipation. Il s’agit d’Uber Eats, Wecasa, Les Sherpas, Student Pop, Extracadabra, Truckrs et Mon Spécialiste Auto. Chaque plateforme doit informer ses utilisateurs de sa date effective de démarrage. À partir du 1er janvier 2027, ce fonctionnement deviendra la règle pour toutes les plateformes de mise en relation opérant en France.
Non, pas tout. Le chiffre d’affaires réalisé via une plateforme participante est déclaré chaque mois par la plateforme, et les cotisations correspondantes sont prélevées avant versement. En revanche, le chiffre d’affaires réalisé avec des clients en direct ou via une plateforme qui ne participe pas encore au dispositif reste à déclarer par vous-même. Vous devez donc continuer à gérer séparément ce qui relève du précompte et ce qui relève de la déclaration classique.
L’article insiste sur le fait qu’une même activité peut mêler plusieurs logiques en même temps. Vous devez vérifier chaque mois les montants transmis dans votre espace Urssaf, car les déclarations envoyées par les plateformes y sont consultables. Vous devez aussi continuer à suivre votre chiffre d’affaires brut global, toutes sources confondues, pour ne pas perdre de vue les plafonds du régime micro et les seuils de franchise de TVA. La vigilance reste donc nécessaire, même si une partie des démarches est automatisée.
Parce que les plafonds du régime micro et les seuils de franchise de TVA s’apprécient sur le chiffre d’affaires brut total, et non sur les montants nets versés par les plateformes. L’article précise qu’aucune plateforme ne connaît ce que vous encaissez ailleurs, donc elle ne peut pas vous alerter à l’approche d’un seuil. Cela signifie que vous devez additionner toutes vos sources de revenus pour éviter de sous-estimer votre activité réelle. Si un seuil de TVA est franchi sans que vous l’ayez vu venir, vous pouvez devoir facturer la TVA en cours d’année.
Le précompte ne remplace pas tout. Vous devez encore déclarer le chiffre d’affaires hors plateforme, gérer votre déclaration de revenus, la CFE et la TVA le cas échéant, comme aujourd’hui. Si vous avez choisi le versement libératoire de l’impôt, la plateforme le prend aussi en charge sur la part concernée, mais cela ne change rien pour le reste de votre activité. En pratique, la réforme enlève une démarche visible, mais elle laisse à l’auto-entrepreneur la responsabilité de piloter l’ensemble de son activité.
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Uber Eats, Wecasa… prélèvent vos cotisations : ce que les plateformes ne feront pas à votre place